Interview de Béatrix TANGUY Psychologue clinicienne Docteur en Psychologie

Comment vit-on le deuil en situation de COVID ?

Depuis quelques mois nous traversons toutes et tous une situation que nous n’aurions jamais imaginé vivre un jour.

Nous devons remettre en questions nos modes de vie : ces changements nous perturbent plus ou moins, ils sont perçus à différents degrés selon chacun et un point particulier se pose avec la question du deuil.

Voici quelques questions posées à Béatrix TANGUY, Psychologue clinicienne, Docteur en Psychologie. Ces réponses pourront vous aider ou aider votre entourage à comprendre le bouleversement qu’engendre le COVID dans le processus du deuil.

Découvrez l’intégralité de la lettre d’information d’Accadia en la téléchargeant.

Béatrix TANGUY

Est-ce que la situation de COVID, à laquelle nous sommes confrontés, modifie le rapport au deuil  ?

Et si oui, de quelle manière ?

Le deuil reste une situation singulière que chacun appréhende avec sa propre histoire. C’est un moment de rupture, de basculement où chacun y fait face avec ses ressources humaines, sociales et économiques.

Ce sont des situations avec des processus identiques qui peuvent prendre des formes différentes dans un environnement spécifique : ce qui est le cas en période de COVID.

Le deuil est à la fois un moment de solitude, d’isolement, face au vide de la mort et paradoxalement un moment de rencontre et de lien social. Nous sommes entourés différemment en fonction de notre famille, nos amis, nos collègues de travail, nos voisins…

L’environnement familial : géographiquement les familles sont parfois dispersées. La proximité familiale peut donc être extrêmement variable.
Au delà de la solitude psychologique, on peut trouver des difficultés d’ordres administratifs, financiers et/ou juridiques. C’est cette mission qu’ACCADIA s’est fixée pour alléger le stress engendré par des démarches purement administratives causées par la distanciation et par tous les problèmes inhérents aux situations de COVID.

L’environnement social : Les amis, les collègues de travail, les voisins… permettent de faire face aux premières étapes du deuil : la sidération, le déni, l’effondrement, la mélancolie : étapes incontournables qui demandent de l’accompagnement. Le contact humain permet de «border» l’horreur du vide qui surgit, et d’éviter les risques liés à la dépression.

En situation de COVID, les interdictions et les gestes barrières nous font vivre un isolement partiel, nous développons un sentiment de «repli sur soi» car les personnes sont moins disponibles pour apporter leur soutien.
Il faut donc trouver un canal de communication différent. Nous vous apportons un soutien en vous mettant  en lien avec des psychologues pour vous permettre d’échanger et d’éviter la rupture sociale.

Toutes les organisations, des populations primitives à notre société d’aujourd’hui, ont toujours considéré, le deuil comme un mécanisme de transmission, un rituel social. Le deuil a besoin de regroupement social, c’est un processus humain de transmission où la dimension symbolique et le cadre collectif sont primordiaux. Les repas d’enterrement peuvent être des moments joyeux et conviviaux, le groupe nous permet de nous assurer notre appartenance parmi les vivants.

Sans ce moment où l’on est entouré et soutenu dans notre douleur, le deuil est compliqué, impossible, voire pathologique car il est difficile de se réinvestir dans quelque chose de nouveau parce qu’il n’y a pas eu ce processus de transmission. Sans ce rituel symbolique qui nous permet de réaliser que nous sommes toujours dans le vivant, d’accepter le deuil et de penser à son mort.

Faire un livre de photos,  écrire un mémoire de la personne décédée
pourrait apaiser les souffrances et commencer le processus d’acceptation.

L’interdiction de visiter l’être perdu : ce sont des morts sans corps.

L’absence de voir le corps du défunt, de faire un dernier adieu, complique le deuil et peut engendrer un déni qui peut être difficile à surmonter. Les outils numériques pourront être une alternative aux visites, sous conditions des sensibilités de chacun. Certaines pompes funèbres filment les cérémonies pour les personnes n’ayant pu être présentes.

En résumé, le deuil en période de COVID provoque un sentiment d’abandon, un vide béant, fait surgir l’angoisse et la colère alors qu’il faut faire circuler la parole. Il a masqué le deuil, effacé la parole.

Hélas, il n’y a pas de solutions toutes faites du deuil, chacun va le vivre à sa manière.

ACCADIA est là pour vous aider, pour que vous soyez accompagné(e) dans cette période : nous sommes à vos côtés pour vous apporter notre soutien, pour vous aidez à mieux supporter l’épreuve du deuil, pour vous apporter du bien-être, dégager du stress, libérer la parole.

Une équipe de professionnels est à votre écoute pour vous orienter, en toute discrétion et confidentialité,  et pour gérer la charge de travail importante et compliquée qu’implique un deuil.

 

CONSEIL DE LECTURE

Elisabeth Kübler-Ross, en collaboration avec David Kessler, nous livre dans cet ouvrage la somme de son expérience. Pour enfin tourner la page du chagrin, ils détaillent les cinq stades du deuil : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation.

Apprivoiser et comprendre ces passages obligés, voilà la clé de la guérison.

Plus qu’une leçon sur la mort, un hymne à la vie.